Trajets et temps de repos : la nuit commence sur la route
Sur un plan de travail, la journée s'arrête au « fin de tournage ». Pour l'équipe, elle s'arrête à la porte de la chambre. Entre les deux, il y a une route, un volant, parfois une heure de nuit. C'est là que se joue le repos.
Onze heures, et pas une de moins en principe
Le Code du travail fixe la règle de base. L'article L3131-1 accorde à tout salarié un repos quotidien d'au moins onze heures consécutives. La durée de travail effectif est plafonnée à dix heures par jour, à quarante-huit heures sur une même semaine et à quarante-quatre heures en moyenne sur douze semaines consécutives, sauf dérogations prévues par les textes.
Les deux conventions collectives qui encadrent nos plateaux reprennent ce socle et l'aménagent.
Production cinématographique
La convention collective nationale de la production cinématographique (IDCC 3097) pose, à son article 23, un repos quotidien minimal de onze heures consécutives. Elle prévoit que cette durée peut être ramenée à neuf heures consécutives dans les cas prévus par ses titres II à IV, c'est-à-dire les dispositions propres aux techniciens et aux artistes. C'est dans ces titres qu'il faut lire les conditions applicables à un contrat donné.
Production audiovisuelle
La convention collective de la production audiovisuelle (IDCC 2642), dans sa rédaction de 2006, fixe à son article VI.3.1.2 un repos de onze heures, réductible sans descendre sous neuf heures. La réduction ne peut intervenir plus de deux fois par semaine pour un même salarié. Chaque heure qui entame le repos de onze heures ouvre droit à un repos compensateur majoré de 50 %. Point notable : le texte lie cette réduction à l'hébergement. Elle n'est pas possible lorsque l'hébergement sur place du salarié n'est pas assuré par l'employeur. La convention a depuis été modifiée par plusieurs avenants : la version en vigueur publiée sur Légifrance fait foi.
Retenons l'essentiel. Quand le repos descend sous onze heures, chaque minute de route compte double.
Le trajet n'est pas du travail. Le voyage non plus. Le transport, si.
Le vocabulaire est précis, et il change tout.
Le trajet
L'article L3121-4 du Code du travail le dit clairement : le temps de déplacement pour se rendre sur le lieu d'exécution du contrat n'est pas du temps de travail effectif. Mais s'il dépasse le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, il donne lieu à une contrepartie, en repos ou en argent.
La convention cinéma (article 22) reprend le principe. Le trajet entre le domicile, ou le lieu d'hébergement, et le lieu de travail n'est pas du temps de travail effectif. C'est vrai même lorsque l'employeur met simplement un moyen de transport à disposition, dès lors que le salarié peut se rendre au travail par d'autres moyens.
Le transport
Toujours à l'article 22, certains déplacements sont du temps de travail effectif. Les déplacements entre deux lieux de travail au cours d'une même journée. La conduite de véhicules techniques. Le trajet entre le lieu de convocation et le lieu de travail, lorsque le salarié est tenu de s'y rendre à la demande de l'employeur et reste à sa disposition.
La convention audiovisuelle (article VI.1.1, rédaction de 2006) fixe une borne géographique : en région parisienne, le trajet est réputé normal lorsque le lieu de travail est situé jusqu'à 50 kilomètres. En province, la distance se mesure par rapport à la périphérie urbaine. Au-delà, le déplacement relève du temps de transport.
Le voyage
Enfin, le voyage. La convention cinéma le définit par un fait simple : le salarié ne regagne pas son domicile habituel à la fin de la journée. Le temps de voyage n'est pas du temps de travail effectif, mais il peut être indemnisé dans les conditions prévues par les titres propres à chaque catégorie de salariés.
La fatigue ne lit pas les conventions
Le droit compte en heures. Le corps, lui, compte en vigilance. D'après les chiffres clés 2025 de l'ASFA, l'association des sociétés françaises d'autoroutes, la somnolence et la fatigue sont en cause dans 13 % des accidents mortels survenus en 2023 sur les autoroutes concédées. La Gendarmerie nationale rappelle la règle : une pause toutes les deux heures.
Sur un tournage, le scénario à risque est connu. Une journée longue, une scène de nuit, un rendez-vous matinal le lendemain, et un technicien qui reprend sa voiture personnelle pour quarante minutes de départementale. Rien d'illégal sur le papier. Tout le danger est dans la marge.
Trois leviers pour protéger la nuit
Rapprocher le lit du plateau
Le premier levier est logistique. Chaque quart d'heure de route supprimé est un quart d'heure de sommeil rendu. Choisir l'hébergement en fonction des décors de la semaine, et pas seulement du prix, reste la mesure la plus efficace. C'est d'autant plus vrai les jours où le repos est réduit.
Organiser des navettes
Le deuxième levier est la navette. Une navette retire le volant des mains d'une personne fatiguée. Quelques repères :
- le permis B permet de conduire un véhicule de 9 places assises au maximum, conducteur compris, dont le poids total autorisé en charge ne dépasse pas 3,5 tonnes ; au-delà, il ne suffit plus ;
- le chauffeur de navette a lui aussi droit à son repos : son planning se construit comme celui de l'équipe ;
- un horaire de départ affiché la veille, avec un point de rendez-vous clair, évite les attentes qui grignotent la nuit ;
- un retour décalé est prévu pour ceux qui finissent après les autres : déchargement, rangement, rushes.
Écrire le repos dans la feuille de service
Le troisième levier est documentaire. Une feuille de service qui indique l'heure de fin prévue, la durée de route et l'heure de rendez-vous du lendemain rend visible le repos réel. Quand le calcul tombe sous onze heures, la décision devient explicite : décaler le rendez-vous, organiser une navette, loger plus près. Elle n'est plus subie.
Prudence. Cet article est une synthèse à visée informative, à jour à la date de publication (octobre 2026). Il ne constitue pas un avis juridique. Les conventions collectives sont régulièrement modifiées par avenant : les textes officiels publiés sur Légifrance font foi. En cas de doute, rapprochez-vous de votre organisation professionnelle ou d'un conseil en droit social.
Ce que la coordination change
Le repos de l'équipe ne dépend pas que du plan de travail. Il dépend de l'adresse de chaque chambre, de l'heure de chaque navette et de la personne qui vérifie que les deux concordent. Chez .FLAIYR., c'est ce que nous coordonnons : les séjours, les transports et les feuilles de route, pensés ensemble pour que la nuit commence le plus tôt possible.
Sources
- Code du travail, article L3131-1, repos quotidien (consulté le 13 octobre 2026)
- Code du travail, article L3121-4, temps de trajet (consulté le 13 octobre 2026)
- Service-public : durée du travail d'un salarié à temps plein (consulté le 13 octobre 2026)
- Convention collective nationale de la production cinématographique, version consolidée juin 2024 (AFAR)
- Convention collective nationale de la production audiovisuelle du 13 décembre 2006, texte d'origine
- ASFA, Chiffres clés 2025 des autoroutes et ouvrages concédés
- Gendarmerie nationale, Gendinfo : somnolence au volant (18 juillet 2023)
- Service-public : permis B (vérifié le 26 mai 2025)
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